IADE sans frontière

De retour de sa mission humanitaire avec Médecin sans frontière en République de Centrafrique, Amaya Caradec, infirmière anesthésiste et formatrice chez Panacéa, a accepté de nous raconter son expérience.

Un mois rythmé par le travail les chips de banane et les petites fritures de poisson. Un mois en pleine saison des pluies, quand il fait à la fois chaud et humide. Un long mois de travail intensif au service des malades, un mois hors du commun…

Panacéa : pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis infirmière anesthésiste depuis 13 ans et je travaille depuis 6 ans au bloc pédiatrique et en gynéco-maternité de l’hôpital Trousseau.

Je suis également formatrice pour Panacea, où j’anime principalement des formations concernant la pédiatrie.

Lorsque le temps et mon hôpital me le permettent, je participe à des missions humanitaires d’un mois, organisées par MSF, où je fais partie de l’équipe chirurgicale.

 

Panacéa : vous revenez de République Centrafricaine (RCA) à l’occasion d’une mission humanitaire avec Médecin sans frontière, pourriez-vous nous expliquer comment s’organise ce type d’initiative ?

Avant de partir, MSF nous transmet un CD qui contient les derniers protocoles en vigueur tels que la prise en charge de la douleur, les brûlures, les dispositifs médicaux disponibles, les médicaments et drogues disponibles, la prise en charge spécifique lors des hémorragies de la délivrance, ou le traumatisme crânien…

Pour organiser notre départ, nous rencontrons le responsable médical, le responsable des ressources humaines qui nous informent sur la sécurité du pays et le principe de la mission. Bien entendu, nous devons avoir nos vaccinations à jour en fonction des risques sanitaires du pays et parfois bénéficier du traitement anti paludéen si cela est indiqué.

Pour la RCA j’ai également été briefée par une IADE (infirmière anesthésiste) qui revenait tout juste de mission. Toutes ces personnes sont très avenantes et disponibles par mail ou téléphone et elles répondent à toutes vos questions.

Une fois sur place, un temps de passation de pouvoir de 2 jours a été organisé avec l’IADE que je remplaçais. C’est un aspect très important de la mission, il permet de connaître le travail entrepris, les problèmes rencontrés et de continuer dans la même direction.

 

Panacéa : pouvez-vous nous décrire brièvement le lieu ?

L’hôpital où je suis allée se situe à Bangui, la capitale de la RCA.

Il s’agit d’un bâtiment sur 3 étages construit dans les années 60 par la France puis rénové par le Maroc. MSF France n’en occupe qu’une partie et y traite les adultes suite à un traumatisme ou à une urgence, pas de gynécologie ni de pédiatrie.

Les chirurgies rencontrées sont principalement orthopédiques et viscérales.

Les patients qui se présentent font suite à des AVP (accident sur la voie publique), des plaies par balles ou armes blanches, mais également des infections, des brulures, des douleurs abdominales…

Panacéa : quel était l’objectif de votre mission humanitaire ?

Faisant partie de l’équipe chirurgicale je travaillais en collaboration avec le chirurgien.

Je faisais la consultation d’anesthésie, choisissais le protocole le plus adapté, surveillais le patient en pré opératoire, passais les transmissions en SSPI et faisais les prescriptions post opératoires pour le service. Les gardes s’organisaient en fonction du nombre d’anesthésistes.

Je devais également vérifier que les protocoles MSF étaient bien appliqués concernant les antibiotiques ou la douleur que se soit au sein du bloc comme dans les services.

Durant ma mission, j’étais avec une médecin anesthésiste française. Nous nous sommes réparties les tâches de façon à ce qu’elle s’occupe de l’USC (Unité de Soins Continus) et de la visite matinale pour que je me concentre de mon côté sur l’organisation du bloc.

 

Panacéa : vous aviez également pour mission de former des personnes sur place, pouvez-vous nous en dire plus ?

Quand je suis arrivée, un certain nombre de patients étaient BMR (infectés par une bactéries multi résistantes) et une confusion était présente auprès du personnel pour les prendre en charge, surtout auprès des moins formés : les brancardiers.

Par mauvaise information, ils avaient surtout peur pour leur santé. Avec la collaboration d’un traducteur, j’ai animé deux sessions de formation pour leur expliquer le danger pour les patients sains et les règles de protection qui devaient être mises en place. À mon départ mon remplaçant a continué cette mission de formation.

En SSPI, la cotation de la douleur était faite par une échelle numérique simple, ce qui poussait à une interprétation subjective de la douleur. De plus, certains patients ne savaient pas compter ou ne comprenaient pas la question.

J’ai pu leur remettre des réglettes EVA (échelle de visualisation analogique) fournies par Panacéa et leur expliquer la notion de quantité de douleur afin de rapprocher la note obtenue avec leur protocole antalgique appliqué.

Les réglettes EVA-Panacéa ont également été distribuées aux médecins locaux travaillant dans les services avec une formation faite par un médecin anesthésiste.

Ce travail demande à être poursuivi, car cette méthodologie est nouvelle pour eux.

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Panacéa : pouvez-vous comparer ces formations à celles que vous faites habituellement pour Panacéa?

Les contenus de formations sont finalement les mêmes qu’à Panacea avec des objectifs et une présentation plénière. C’est la méthode qui diffère car les formations sont intégrées dans le temps de travail, le personnel n’est pas dégagé de son poste et les formations ne doivent pas dépasser une heure.

Les messages doivent donc être peu nombreux pour obtenir un résultat positif.

La formation se passe à tout moment de la journée avec le personnel local lorsqu’une information semble être mal comprise.

 

Panacéa : comment la population locale perçoit-elle l’acte de soin ?  On sait que selon les pays la médecine et le personnel soignant n’occupent pas toujours la même place, vous êtes vous heurté à des tabous ou des habitudes culturelles ?

La population locale est dans l’ensemble reconnaissante de notre présence sur place, elle fait écho à une absence de soin de la part du gouvernement.

Néanmoins, il faut être vigilant, car en cas d’amputation ou de greffe de peau il faut obtenir l’accord de la famille et surtout du chef de la famille, même si le patient est un adulte.

La place de la France en RCA et sa politique étrangère peut poser quelques problèmes, mais MSF est apolitique et parfois il est bon de le rappeler.

 

Panacéa : avez-vous été confrontée à des situations d’urgence ou de soin inhabituelles ? 

 Il est rare en France de rencontrer des infections ou des abcès arrivant si tardivement.

Les habitants vont prendre des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) ou des antibiotiques en vente libre sans consulter. Ainsi, quand ils arrivent à l’hôpital, on en est déjà au stade de la septicémie et un débridement s’impose avec des conséquences parfois mortelles. Les IVG sont parfois pratiquées avec des racines de manioc ce qui créé également des lésions catastrophiques.

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Panacéa : vous avez fait partie de plusieurs missions de ce type, que pourriez-vous dire à ceux qui voudraient suivre votre exemple ?

Une mission se prépare en amont, il faut y aller en sachant que l’on représente sa fonction mais aussi MSF. Accepter de vivre une expérience où le temps sera rythmé par le travail, ne pas compter ses heures et prendre du repos quand c’est possible. C’est une expérience riche pour soit, pour sa carrière professionnelle et pour connaître le sentiment de liberté que nous avons dans nos pays et qui fait défaut dans certains pays. Je ne sauve pas le monde au terme de ma mission, je mets juste une pierre à un édifice que d’autres ont débuté avant moi et que d’autres continueront après moi.

Propos recueillis par ABK

 

 

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