La médecine médiévale chapitre 3

Comment sauvait-on nos ancêtres ?

Lorsque vous tombiez d’une échelle dans l’antiquité, dégringoliez l’escalier de l’auberge au Moyen-Age, ou quand vous buviez la tasse à la Renaissance, qui venait vous porter secours ? Quels étaient les gestes d’urgence de l’époque ? Comment vous guérissait-on lorsque vous tombiez malade ?

Panacéa vous propose une rétrospective des gestes d’urgence et de la médecine en général à travers les âges.

Partie 2 : La médecine médiévale

Chapitre 3 :  Les remèdes

Celsus disait : « mieux vaut tenter un remède incertain que de n’en tenter aucun. ». Cette citation, qui pourrait être la définition de l’audace ou de l’apprenti chimiste, illustre parfaitement la médecine du Moyen âge.

Alors, comment soigne-t-on ?

Les simples

Mondificatif, confortatif, consolidatif ! Non ce n’est pas une formule magique, mais ce sont bien des classes de traitements. À cette époque en France on parle d’emplâtre, d’onguent et de fomentation. Ce sont des remèdes que l’on fait à base de plantes médicinales que l’on appelle : « Les simples ». Les moines sont de vrais maîtres dans ce domaine et la plupart des monastères possède un jardin de simples. On y cultive les plantes et les herbes contre les maux, comme la sauge qui est la star du potager, car elle sert à peu près pour tout.  Après tout, son nom signifie guérir.

Pour mieux illustrer les habitudes de l’époque, prenons un exemple :

Vous êtes de nouveau ce cher Maxendre qui a un tantinet la poisse.

Vous êtes allé, avec votre oncle Guy, à la chasse pour zigouiller des lapins et faire un bon civet. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des clapiers.

Mais voilà, ce cher oncle Guy a visiblement cédé à la tournée de trop hier soir à l’auberge du coin. Aussi, c’est en gloussant qu’il manie l’arquebuse comme un gagnant et vous plante un carreau dans le postérieur. Pas de panique, même si ça fait un mal de chien, sachez que les moines cultivent une plante spéciale pour soigner les blessures de flèches et d’arquebuse : la consoude !

Un autre exemple de la médecine des « simples »:

Vous êtes de nouveau en forêt avec l’oncle Guy qui tient à se faire pardonner et vous emmène cueillir des champignons. Malheureusement, au détour d’un sentier, il se fait mordre par un serpent. Ni une, ni deux vous trainez l’oncle Guy, qui pèse son poids, jusqu’au monastère où les moines soignent sa blessure avec du lys ! Une plante que les moines font pousser spécialement pour ce genre de morsure.

Et des plantes, il y en a pour tous les petits tracas du quotidien ! Vous vous êtes brûlé en ravivant le feu ; on vous soigne alors au millepertuis ! Vous avez les pieds en compote après avoir parcouru des lieues ? L’armoise fait des miracles !

Charlemagne a même fait un traité sur les plantes à avoir dans son jardin et Sainte Hildegarde a écrit plusieurs ouvrages décrivant les vertus thérapeutiques de plus de 300 plantes !

De plus, on peut également les mélanger ! Ainsi, certains onguents sont même préparés avec plus de 20 ingrédients !

Néanmoins, à nouveau on constate que l’accès aux soins dépend du poids de votre bourse. En effet, les remèdes des plus riches sonnent comme des desserts. Ainsi, si vous êtes un chanceux, on soigne votre migraine avec de la poire cuite, du miel et du fenouil et l’on fait baisser votre fièvre avec des raisins et des figues.

Par ailleurs, mieux vaut se limiter aux plantes et aux fruits, car le reste fait froid dans le dos. Ainsi, les guérisseurs en tous genres vous proposent un certain nombre de traitements que l’on peut distinguer selon les catégories suivantes :

  • Les traitements complètements dingues : avec de l’acide sulfurique, du pétrole et du mercure (notamment pour les lépreux).
  • Les traitements carrément dégoutants : à base d’urine, de fiente et de divers excréments dont ceux très prisés de jeunes hommes roux qui cicatrisent les plaies et les ulcères.
  • Les traitements bassecour : rien de tel qu’un poulet chaud coupé en deux ou des vers de terre dans la graisse d’oie pour guérir les plaies et les liaisons !
  • Les traitements à base d’insectes : à base de poux, cloportes ou araignées.
  • Les traitements inclassables : avec de la poudre de sabot de cheval, des écailles d’huitre, du bézoard, de l’ivoire, de l’or cuit, de l’argent, des perles et du castoréum soit de l’extrait de la glande de musc du castor.

Tout un programme…

La théorie des signatures

Mais revenons donc à nos plantes, nos herbes et nos fleurs avant de tourner de l’œil. En effet, à cette époque existe une théorie très à la mode qui fait fureur ; c’est la théorie des signatures. Une très belle théorie basée sur l’harmonisation et la vision d’un monde équilibré qui détient toutes les solutions aux problèmes. Elle a un petit côté hippie gentillet, vraiment adorable en supportant l’idée que la nature a été si bien créé qu’elle a laissé des indices aux hommes. Ainsi, l’intérieur d’une noix ressemble à un cerveau, c’est donc bon pour notre tête. La plante pulmonaire possède des taches rappelant les alvéoles des poumons, elle soigne donc les maladies respiratoires !

Si cette logique un peu naïve peut prêter à sourire, il faut néanmoins savoir qu’au XVIIIème siècle, Edward Stone découvre l’aspirine en suivant ce concept.

Il constate que le saule a les pieds dans l’eau mais n’attrape pas de fièvre. Il en déduit donc que l’arbre doit posséder dans son écorce une substance protectrice. C’est ainsi qu’il extrait l’acide salicylique soit l’aspirine.

Néanmoins, c’est une théorie à manipuler avec précaution. En effet, la pensée contemporaine considère que cette théorie est le fruit du hasard et que les guérisseurs qui l’utilisaient se basaient également sur de longues années d’expériences souvent infructueuses.

Néanmoins, « les simples » ne sont pas le seul moyen de soigner à l’époque. Il existe une pratique très à la mode qui verse beaucoup moins dans la médecine douce ; la saignée !

Ou comment purger le corps du mauvais sang.

La saignée

Cette idée de vidange n’est pas illogique, après tout on l’utilise toujours en médecine moderne dans des cas particuliers tels que l’hémochromatose ou la maladie de Vaquez. Néanmoins, au Moyen âge et jusqu’au XVIIIème siècle on en use et en abuse. C’est LE remède miracle qui sert à purger le corps de sa mauvaise humeur. En effet, ce remède tient son origine de la théorie des humeurs d’Hippocrate qui est basée sur l’idée que notre corps est organisé autour des quatre humeurs : la lymphe, la bile noire, le sang et la bile jaune, auxquels correspondent respectivement les éléments suivants : l’eau, la terre, l’air et le feu. La maladie survient quand un déséquilibre se crée. Aussi, l’idée de la saignée est donc de purger l’humeur causant le mal. Le souci c’est qu’avec le temps on perd un peu cette idée de base et on se met à donner des coups de rasoirs à tout va.

Que vous soyez nauséeux depuis des jours et particulièrement affaibli par le manque de nourriture, fiévreuse après un accouchement particulièrement difficile ou un brave soldat blessé au combat…couic couic couic !

On saigne ! Il n’y a que ça de vrai ! Et si vous mourez bah c’est tant pis, c’est juste que l’on vous a saigné trop tard et que le mal était fait…

Molière, dans le malade imaginaire, tourne d’ailleurs en dérision ces médecins un peu trop spécialisés dans les coups de rasoirs, qui traitent tous les mots de la même manière.

La médecine au Moyen-âge est donc des plus complexe. Elle se laisse guider à la fois par l’expérience, la logique mais également les traditions et les superstitions. Néanmoins, pour bien comprendre son évolution, il convient d’aller faire un tour hors de France et hors de l’Europe. Ce sera l’objet de notre prochain chapitre.

ABK

Conceptrice rédactrice

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